|
|
 |
Le millésime 2008 - Les notes d'Olivier Humbrecht (première partie)
L’an dernier, il m’était très difficile de comparer le millésime 2007 avec une année antérieure. En 2008 c’est chose facile car en fait 2008 et 2007 ont une grande similarité, si ce n’est le fait qu’à partir de la floraison tout est décalé 15 jours plus tard pour 2008.
Comme 2007 n’était pas une année stressante pour les vignes, nous savions déjà que 2008 devait débuter normalement sans vigueur excessive ou faiblesse qui aurait pu entraîner une sortie de raisin anormale. L’hiver était suffisamment froid pour permettre une bonne restructuration des sols et le débourrement mi-avril était donc considéré comme normal. La croissance fut régulière en mai et une climatologie favorable et chaude engageait une belle floraison qui démarra début juin dans les terroirs précoces (Brand et Herrenweg) où elle fut vite achevée. La seconde semaine de juin, le temps devint plus froid et pluvieux et les terroirs tardifs (Rangen, Clos Windsbuhl et Gueberschwihr surtout) ont alors étalé la fin de floraison jusque vers le 20/25 juin. Seul le cépage Muscat Ottonel avait souffert de coulure importante, les autres cépages présentaient une récolte normale.
À partir de la fin de floraison, le temps fut chaud et sec jusqu’à fin juillet/début août où il y eut une période à nouveau pluvieuse et plus froide, créant quelques problèmes culturaux et craintes de maladies. La plupart des vignerons en bio-dynamie ont l’habitude de devoir intervenir rapidement dans leurs vignes avec des outils légers, surtout après des pluies. Les sols sont donc souvent préparés de sorte qu’ils peuvent supporter le passage de microtracteurs grâce à des enherbements naturels. Le tassement des sols peut être un grand souci, aussi le type d’engin utilisé sera préférentiellement léger et sur chenilles. Intervenir fréquemment après des pluies n’est donc pas un problème insurmontable.
Les vignes réagirent à la pluviométrie importante en accroissant leur vigueur et cela eut pour conséquence de retarder l’arrêt végétatif et d’étaler beaucoup plus la véraison. Le début des vendanges était alors encore difficile à prévoir mais il était certain qu’elles seraient étalées à cause des conditions de floraison et véraison. Des vignes vigoureuses en été sont plus sensibles au botrytis et surtout retardent la maturation phénolique des baies. À nouveau, le risque est une grande hétérogénéité de maturation entre raisins.
Plus que les millésimes précédents, nous avons pu constater que l’important travail de gestion du palissage avec le non-rognage (à l’exception de quelques jeunes vignes) permettait de mieux réguler la croissance de la vigne et évitait qu’elle ne reste en mode croissance trop longtemps. Plus l’arrêt de croissance est obtenu tôt (chute du bourgeon terminal), plus les maturités physiologiques sont précoces et homogènes. Le non-rognage et donc une plus grande compétition entre les raisins et les parties vertes de la vigne en juillet provoque aussi une croissance plus faible des raisins qui restent plus petits et accentue les phénomènes de coulure (moins de baies par grappe). L’effet final est une réduction des rendements de l’ordre de 30%, mais un surcroît de travail dans le vignoble en juillet qui est conséquent, car il faut alors re-palisser manuellement plusieurs fois les vignes.
A partir de la fin août, le climat était redevenu sec. Septembre fut sec (à l’exception d’une grosse pluie le 13 septembre sans conséquence grave) et froid, parfois très froid. Octobre vit le retour à un superbe temps sec et chaud le jour, avec des nuits froides. Le retour à la pluie eut lieu à partir du 23 octobre, mais nous avions alors fini les vendanges.
Le temps frais de fin de saison est responsable de niveaux d’acidité importants dans les vins de 2008. La belle arrière-saison avait aussi permis une bonne maturation technique (sucres) et physiologique (tannins). Les vendanges ont débuté le 23 septembre pour finir le 22 octobre.
Les sols légers et précoces comme le Herrenweg furent récoltés tôt car ils ont la capacité de mûrir les raisins plus vite mais aussi parce que la floraison fut achevée début juin. Le Rangen et le Clos Windsbuhl furent les deux derniers vignobles à être récoltés. Les Riesling ont été récoltés avant le départ de la pourriture noble début octobre et seul le Brand (avec une SGN) était sensiblement botrytisé. Pinot gris et Gewurztraminer ont généralement vu le développement de pourriture noble, mais des tries de raisins sains ont permis de bien séparer les deux styles de vin pour le Pinot gris. Les Gewurztraminer étaient tous récoltés très riches avec pourriture noble. Il n’est donc pas surprenant de voir beaucoup de Sélections de Grains Nobles et peu de Vendanges Tardives.
Tous les vins de 2008 sont marqués par une superbe acidité et des pH très bas qui rehaussent encore l’action de l’acidité. Une culture intelligente de la vigne aura permis l’obtention d’équilibres tartrique/malique corrects, ce qui est toujours le signe des grands vins. Les 2008 sont tous bâtis pour un vieillissement optimal et, pour beaucoup d’entre eux, ont fermenté très longtemps.
Les rendements moyens sont de 44 hl/ha (48 hl/ha pour les AOC Alsace et 32 hl/ha pour les Grands Crus) et comme les années précédentes, tous nos vignobles ont été cultivés en bio-dynamie.
2008 devrait produire des vins équilibrés et au potentiel de vieillissement exceptionnel.
Indice: Niveau de sucrosité au palais. Cette note essaye de combiner les sucres résiduels, l’alcool, l’acidité et la structure générale du vin pour mieux en comprendre son style. Il est clair que cette perception peut varier d’une personne à l’autre et cet indice n’est là que pour éviter d’éventuelles erreurs de service du vin. Echelle de 1 à 5 :
- 1 : vin techniquement sec ou se goûtant sec
- 2 : pas techniquement sec, mais les sucres ne sont pas apparents de façon évidente au palais. Certains dégustateurs peuvent trouver une légère rondeur en fin de bouche. Ces vins se goûteront sec avec un certain vieillissement en bouteille
- 3 : sucrosité moyenne, plus importante dans la jeunesse du vin, qui s’estompera progressivement avec l’âge
- 4 : vin moelleux
- 5 : vin moelleux, très proche d’une vendange tardive
Pinot blanc 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13.7°; Sucres résiduels: 7.5 g/l; 4.6 g/l H2SO4, pH: 3.3; Rendement: 80 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010/2015; Âge moyen des vignes: 33 ans; Surface: 1.3 ha; Terroir: calcaire et graves; Indice 1.
Pinot blanc ! Pas d’inquiétude, c’est en fait notre Pinot d’Alsace en assemblage classique d’Auxerrois (70%) et Pinot blanc (30%) qui proviennent du Herrenweg et Rotenberg, donc à part égale de calcaire et sols de graves. La législation Alsacienne autorise de nommer ces cépages des deux façons. Nous avons opté pour Pinot Blanc après avoir fait le triste constat que Pinot blanc était plus facile à comprendre par nos clients. Le 2008 fut récolté parfaitement sain et avec une très belle maturité et acidité, bien supérieures à la normale. La décision d’assembler ces deux terroirs était à nouveau justifiée, mais en 2008, c’est le Herrenweg, d’habitude en manque d’acidité, qui avait pu tempérer l’acidité trop fougueuse du Rotenberg.
2/2010 : jolie couleur tirant sur l’or. Le nez est immédiat, très ouvert à ce stade et agréable et dévoile de jolis arômes fruités. Le palais est long et riche pour ce style de vin. La petite présence de sucres résiduels est très bien intégrée dans la structure du vin et l’acidité vive des 2008 joue son rôle d’équilibre. C’est un Pinot Blanc ayant une structure sérieuse et assez puissante.
Clos Windsbuhl 2008
Mise en bouteille: 9/2008; Alcool acquis: 13°; Sucres résiduels: <2 g/l; 5.4 g/l H2SO4, pH: 3.1; Rendement: 35 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010/2020; Âge moyen des vignes: 19 ans; Terroir: calcaire muschelkalk; Indice 1.
Après le succès du millésime 2007 et le fait qu’en 2008 les raisins de Chardonnay du Clos Windsbuhl présentaient une superbe maturité et parfait état sanitaire, nous avions décidé de refaire quelques pièces de ce vin. Le sol calcaire du Windsbuhl est capable de donner l’acidité et la minéralité nécessaire pour obtenir des vins de grande finesse dans ce cépage. Comme les années précédentes, la fermentation et l’élevage ont eu lieu dans des pièces de 225l ayant déjà eu quelques vins. N’ayant subi aucun pompage, soutirage, il resta 12 mois sur les lies de fermentation. Seule une très petite addition de SO2 a été faite au moment de la mise en bouteille. Un sédiment important est possible et il est donc recommandé de garder la bouteille debout un certain temps avant de la décanter pour le service.
2/2010 : ce Windsbuhl démontre le potentiel du millésime 2008 à produire des vins secs, vivaces et purs. Le nez est déjà très aromatique et s’ouvre sur des arômes de fruits blanc avec un peu de temps. L’attaque en bouche est vive et très sec, mais la maturité des acides évite au vin d’avoir un style herbacé. Le palais peut paraître strict, mais c’est la typicité de ce grand terroir de produire des vins pointus.
Zind 2008
Mise en bouteille: 9/2009; Alcool acquis:12.6°; Sucres résiduels: 7.5 g/l; 4.6 g/l H2SO4, pH: 3.3; Rendement: 59 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010/2018; Âge moyen des vignes: 19 ans; Surface: 2 ha; Terroir: calcaire muschelkalk; Indice 1.
Le Zind fut créé en 2001 suite au refus de classement du Chardonnay en AOC Alsace et nous avions donc l’obligation de déclasser ce vin en Vin de Table si nous voulions continuer à la produire. Le fait de perdre Alsace sur l’étiquette nous donne en fait une certaine liberté de vinification et de choix de cépages. A partir de 2004, alors que les vignes avaient 15 ans, nous décidions de produire le Zind uniquement à partir de nos raisins d’Auxerrois et Chardonnay du Clos Windsbuhl. La proportion de Chardonnay grimpait alors à 65% environ. Le 2008 fut récolté à une maturité idéale, produisant un vin équilibré en acidité et richesse. Les raisins étaient très sains et l’évolution lente de la maturité en septembre rendait cette recherche aisée. En 2008, nous avions du réformer l’un de nos grands foudres pour le remplacer par un neuf (82hl). Le choix du premier vin qui devra donc étrenner ce fût neuf était évident ! Ces cépages peuvent intégrer une petite dose de bois neuf (un grand foudre est beaucoup moins marquant car moins de surface pour un plus grand volume et moins de brûlage). En finale, 75% du Zind 2008 a donc fermenté et été élevé dans ce foudre.
2/2010 : l’influence du foudre est très délicate et pratiquement imperceptible pour le dégustateur qui n’en est pas averti. Il y a symbiose entre les arômes naturellement grillés, beurrés et amande de ce vin avec le caractère légèrement vanillé du foudre. La structure de bouche est précise et fine grâce à une acidité équilibrante. La sensation de minéralité est plus forte en finale et les quelques sucres résiduels sont très bien intégrés.
Muscat Herrenweg de Turckheim 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 14.1°; Sucres résiduels: 11 g/l; 6.3 g/l H2SO4, pH: 3.2; Rendement: 33 hl/ha; Optimum de dégustation: 2012-2023; Âge moyen des vignes: 29 ans; Surface: 0.65 ha; Terroir: graves du quaternaire; 80% Muscat d’Alsace et 20% Ottonel; Indice 2.
Il y a quelques années nous avions commencé à planter le cépage Muscat d’Alsace dans le vignoble du Herrenweg à partir de sélections massales issues de nos vieilles vignes. Petit à petit, le Muscat Ottonel devient moins important car nous pensons qu’il est de moins en moins adapté aux conditions climatiques actuelles. Le Herrenweg bénéficie d’un climat chaud et précoce à Turckheim. Le Muscat d’Alsace supporte bien les sols limono-graveleux, très drainants, même en condition de sécheresse et est toujours capable de conserver une acidité suffisante à l’équilibre des vins. Ceci est flagrant en 2008 ! Un temps maussade et froid durant la floraison a provoqué un peu de coulure, réduisant les volumes et accroissant le potentiel de maturité. La fermentation fut très lente et malgré une importante acidité, il ne resta que peu de sucres résiduels à la fin.
2/2010: le nez est profond et très aromatique. Ce n’est pas un Muscat aux arômes variétaux violents, mais le nez suggère une forte maturité en dévoilant beaucoup de fruit. Le palais est riche et puissant, mais avant que l’alcool ou les sucres résiduels puissent se manifester, l’acidité prend le relais pour équilibrer le tout. Finale longue et intense, presque épicée.
Muscat Goldert 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13.7°; Sucres résiduels: 2.7 g/l; 4.7 g/l H2SO4, pH: 3.3; Rendement: 39 hl/ha; Optimum de dégustation: 2012-2023+; Âge moyen des vignes: 21 ans; Surface: 0.36 ha; Terroir: calcaire oolithique exposé est; 90% Muscat d’Alsace, 10% Ottonel; Indice 1.
Le Grand Cru du Goldert a toujours eu une grande réputation pour ses vins de Muscat, surtout pour le traditionnel Muscat d’Alsace à petits grains. Il est certes plus difficile à mûrir correctement, mais est capable de produire des vins ayant une belle structure acide et donc un meilleur potentiel de vieillissement. Une bonne maturité est nécessaire pour exprimer le potentiel du terroir et diminuer le caractère variétal, souvent dominant pour ce genre de vin, mais cela implique aussi un style de vin souvent moelleux. Le Goldert 2008 a été récolté bien mûr, avec une belle acidité, et malgré une fermentation très lente, a quand même réussi à fermenter jusqu’au bout. C’est un équilibre peu fréquent et permettant au cru de s’exprimer pleinement.
2/2010: il n’y a aucun doute sur l’origine du cépage au nez. Tous les arômes typiques de ce cépage sont bien présents mais joliment atténués par la forte influence de ce terroir calcaire qui apporte une note minérale. Le palais est vibrant, sec et très long. C’est un vin qui vieillira bien et qui devrait aussi permettre des alliances gastronomiques originales et intéressantes.
Riesling 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.5°; Sucres résiduels : 6 g/l; 5.3 g/l H2SO4, pH: 3.1; Rendement: 85 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010-2018; Âge moyen des vignes: 29 ans; Surface: 1.2 ha; Terroir: graves du quaternaire, marnes, calcaire; Indice 1.
Septembre 2008 était chaud et sec, mais avec des nuits assez fraîches. L’ensemble des Riesling a pu mûrir pendant une longue période et il ne fallait pas chercher à les récolter trop précocement. Les raisins étaient sains et possédaient des fortes acidités, pH faibles et une bonne maturité phénolique. Les vins sont souvent secs, nerveux et racés avec une belle minéralité. Ce riesling est principalement issu de sols graveleux situés dans le Herrenweg avec un complément de quelques parcelles situées sur sols marno-calcaires. C’est un vin qui est délibérément récolté sans surmaturité pour rechercher une belle tension en bouche et un fruité délicat. Toutefois, si bu dans quelques années, il pourra développer une jolie minéralité discrète. La fermentation fut très lente, malgré un état sanitaire favorable et une maturité raisonnable, mais les levures indigènes réussirent quand même à fermenter les sucres.
11/2008: encore sur lies fines, mais dévoile déjà une structure vibrante et des arômes très typés Riesling de pierre mouillée et une jolie minéralité. Le palais est délicat et élégant, finit sec sur une acidité rafraîchissante.
2/2010: après la mise en bouteille, ce vin s’ouvre progressivement et dévoile aussi quelques arômes d’agrumes en plus de sa minéralité. Le long contact des lies aura bien sûr marqué ce vin qui devra encore un peu attendre pour se dévoiler.
Riesling Terroir d’Alsace 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.8°; Sucres résiduels: 4 g/l; 5.3 g/l H2SO4, pH: 3.0; Rendement: 50 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010-2023; Âge moyen des vignes: 25 ans; Surface: 0.75 ha; Terroir: granite, marnes; Indice 1.
Ce vin, qui reçoit une nouvelle étiquette – chose rare sur le domaine -, est issu de parcelles situées sur le terroir granitique du Brand et d’une parcelle juste en dessous du Clos Jebsal sur terroir de graves et marnes. Nous cherchons à produire un vin qui soit simple à comprendre pour nos clients qui cherchent un Riesling d’Alsace classique en restauration, sans surprises. Je suppose que dans ce cadre, le Riesling doit être facile à associer avec des mets et doit aussi bien représenter la personnalité de la région Alsace. C’est pourquoi nous avons opté pour une présentation classique et simple. Le style des vins n’est souvent pas connu à l’avance et c’est sans doute une raison qui fait que de nombreuses personnes hésitent à commander un Riesling classique sur une carte des vins. Ici, nous voulons un message clair. Ce vin ne sera disponible qu’en restauration et en France.
2/2010: le niveau de maturité, l’absence de botrytis et une fermentation régulière ont concouru à produire ce Riesling sec. La dominante granite explique un fruité et un nez déjà ouvert. L’acidité vivace équilibre la maturité des raisins dans un style caractéristique des vins de 2008. La finale est moyennement longue et se caractérise par une acidité savoureuse donnant beaucoup de fraîcheur. L’élevage long sur lie apporte une belle touche saline et minérale.
Riesling Gueberschwihr 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.7°; Sucres résiduels: 9.2 g/l; 4.5 g/l H2SO4, pH: 3.0; Rendement: 47 hl/ha; Optimum de dégustation: 2012-2020; Âge du vignoble: 34 ans; Surface: 1.05 ha; Terroir: argilo-calcaro-siliceux, exposé est et sud, faible pente; Indice 1.
Gueberschwihr est un village situé à 10km au sud de Colmar. Le climat y est plus tardif et moins chaud et la majorité des vignes du village sont situées sur des sols argilo-calcaires. Le meilleur terroir du village est le Grand Cru Goldert, où les cépages Gewurztraminer et Muscat d’Alsace ont acquis une grande notoriété. Les terroirs environnants, à l’origine de ce vin, sont un peu moins chauds et produisent des vins ayant une acidité vivace et des arômes minéraux, évoluant vers le fameux ‘goût de pétrole’ après un certain nombre d’années de vieillissement. Les raisins ayant produit ce vin ont mis un peu plus longtemps que d’habitude à atteindre leur maturité idéale pour être finalement récoltés très sains, avec une forte acidité et pH faible. Un pH faible augmente la sensation acide sur le palais. Dans un millésime classique, les pH de riesling vont varier entre 3.3 et 3.5, alors qu’en 2008 ils étaient inférieurs à 3.2 ! C’est un des vins qui a fermenté le plus lentement en 2008 et n’avait fini qu’après beaucoup de 2009.
2/2010: le nez est marqué par des arômes de pierre et une forte minéralité au nez rehaussée par des arômes d’agrumes. Le palais est vif à l’attaque et très nerveux, mais développe une belle concentration. Les sucres résiduels sont vraiment cachés par la structure du vin et le classement en indice 1 est justifié. C’est bien sûr un vin de village qui devrait très bien vieillir.
Riesling Turckheim 2008 Lot 14T
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13°; Sucres résiduels: 19 g/l; 6.6 g/l H2SO4, pH: 2.9; Rendement: 45 hl/ha; Optimum de dégustation: 2012-2023; Âge moyen des vignes: 25 ans; Surface: 0.2 ha; Terroir: granite; Indice 2.
En 2008 nous avons produit deux lots de Riesling Turckheim, un peu contre notre volonté, car ils auraient du être assemblés ensemble au départ, mais pour des raisons de volumes et disponibilité de foudres, nous avions dû mettre ce lot dans deux foudres différents. La fermentation était très différente (le lot 14T n’ayant pas fait de malo-lactique) et nous n’avons pas pu les assembler ! Les raisins proviennent du Brand à Turckheim et ont certainement le caractère et la richesse dignes de ce terroir, mais pas comme les plus vieilles vignes… La fermentation fut un peu plus rapide pour ce lot qui a conservé une forte acidité et est issu de raisins très mûrs.
2/2010: il n’y a aucun doute au nez sur l’origine de ces raisins: beaucoup de fruit et possède des arômes déjà très ouverts (tilleul, acacia, fruits blancs), caractéristique des sols granitiques. Avec un peu d’aération, la présence minérale se fait sentir. Le palais est intense, riche, assez puissant pour un Riesling, et les sucres résiduels, qui peuvent paraître importants, sont en fait bien cachés par une très forte acidité. La finale est donc fraîche et vive.
Riesling Turckheim 2008 Lot 14B
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13.1°; Sucres résiduels: 22 g/l; 4.5 g/l H2SO4, pH: 3.1; Rendement: 45 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010-2023; Âge moyen des vignes: 25 ans; Surface: 0.9 ha; Terroir: granite; Indice 3.
Ce deuxième lot de Riesling Turckheim a en fait la même la même origine que le lot 14T. Il est issu du terroir précoce granitique du Brand. Les conditions climatiques dans le Brand en 2008 étaient favorables à une forte progression de la maturité et au développement d’une petite présence de pourriture noble. Cela a affecté la cinétique de fermentation (très lente) et aussi la quantité de sucres résiduels qui était plus élevée que dans les autres vins de 2008 pour ce cépage. Ce phénomène n’était marquant que dans le Brand, et pas dans les autres terroirs de Riesling sur le domaine.
2/2010: le nez est très aromatique et expressif. L’influence modérée de la pourriture noble est flagrante au nez : en plus de la minéralité classique du Riesling, se rajoutent des arômes de fruits mûrs, miel… Le palais est rond, onctueux, mais sans être grossièrement doux. Pour certains, l’indice 3 peut paraître injustifié, car la finale est très nette. Le profil très aromatique de ce vin participe aussi à la sensation de fausse douceur. C’est un vin de plaisir !
Riesling Herrenweg de Turckheim 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13°; Sucres résiduels: 6.8 g/l; 5.7 g/l H2SO4, pH: 3.0; Rendement: 59 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010-2026; Âge moyen des vignes: 33 ans; Surface: 1.9 ha; Terroir: graves quaternaires; Indice 1.
Les sols précoces et chauds du Herrenweg sont souvent beaucoup plus à l’aise lorsque l’été est frais et que la pluviométrie est un peu plus abondante. C’est exactement ce qui s’est passé en 2008. La véraison (moment où les raisins changent de couleur en été) était finie alors que l’été était encore très frais. Les températures ont alors augmenté graduellement et la maturation a pu se faire sous d’excellentes conditions tout en préservant un potentiel acide important et sans pourriture. Quel que soit le cépage, c’est le Herrenweg qui était toujours vendangé en premier et très mûr. Le fait de ne pas être obligé d’attendre pour récolter permet aussi de préserver une partie du potentiel acide important pour ce vignoble. Comme beaucoup de Riesling en 2008, le Herrenweg fermenta pendant 12 mois pour descendre à un niveau relativement sec.
2/2010: le nez dévoile déjà très tôt une expression florale ouverte avec une touche de minéralité presque surprenante pour ce terroir. C’est un Herrenweg ayant une structure affirmée et peut être moins extravagant qu’à l’accoutumée. À nouveau, la culture bio-dynamique doit permettre une activité dans le sol favorisant la minéralité des vins, même dans les terroirs les moins marquants. Le palais est ferme grâce à une acidité bien mûre. C’est un vin qui sera délicieux dans quelques mois/années.
Riesling Clos Häuserer 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.8°; Sucres résiduels: 7.3 g/l; 5.8 g/l H2SO4, pH: 3.1; Rendement: 54 hl/ha; Optimum de dégustation: 2013-2028+; Vignoble planté en 1973, 100% Riesling; Surface: 1.2 ha; Terroir: marnes calcaires de l’oligocène, colluvium de pente exposé est, très faible pente; Indice 1.
Le Clos Häuserer est situé au pied du Grand Cru Hengst dans une cuvette formant un colluvium de pente. Si les deux vignobles se partagent le même substrat géologique, le Clos Häuserer est recouvert d’une couche de marnes calcaires beaucoup plus épaisse allant de 60cm à 1.2m. Etant plus plat, il bénéficie aussi de moins d’ensoleillement, ce qui augmente le temps nécessaire à obtenir une maturité optimale. Les marnes, très riches, peuvent provoquer un surcroît de vigueur lorsque la vigne est encore jeune ou dans les millésimes très humides, ce qui aurait pu être un problème ici si nous ne labourions pas les sols et ne laissions pas une importante couverture végétative avant les vendanges. Lorsque le problème de pourriture est écarté, il est aisé de récolter le Clos Häuserer très sain et à un niveau de richesse qui lui permet de fermenter assez sec. La fermentation fut très régulière en 2008 sans être à aucun moment interrompue et finissant donc à un équilibre gustatif sec. Ce terroir à la capacité de conserver des belles acidités et a donc un grand potentiel de garde.
2/2010: le nez est très profond et complexe, pas vraiment intense mais plutôt minéral et envoûtant. La puissance minérale du vin s’exprime au nez et au palais avec force, dévoilant des arômes de pierres mouillées, agrumes, fruits… Le palais est vif et racé. Ce n’est pas un vin facile mais qui arrive à conquérir les amateurs de minéralité dans le Riesling. Il donne une sensation de puissance discrète en provoquant une belle salivation, marque des beaux terroirs.
Riesling Heimbourg 2008
Mise en bouteille: 9/2009; Alcool acquis: 13.4°; Sucres résiduels: 14.4 g/l; 5.7 g/l H2SO4, pH: 3.1; Rendement: 41 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010-2022+; Planté en 1994; Surface: 1.06 ha; Terroir: calcaire oligocène, exposé sud sud-ouest, très forte pente; Indice 2.
Année après année, ce terroir affirme son potentiel à produire des Riesling intenses et puissants. Ce vin est rarement vraiment sec, mais a toujours une acidité qui lui permet de bien vieillir et éventuellement de digérer sa puissance. Il se cache aussi derrière une expression aromatique très fruitée et intense. Le Riesling est planté dans la partie la plus raide du Heimbourg, exposée au sud sud-ouest. C’est un petit lieu-dit de seulement 9ha où nous cultivons 4.5ha. Il y a malgré tout trois zones distinctes sur cette petite colline qui affectionnent chacune un cépage différent. Le sol marno-calcaire, plutôt fin sur la partie pentue, donne beaucoup de structure au vin. L’ensoleillement optimal ainsi que le climat chaud et précoce de Turckheim expliquent les maturations importantes obtenues dans ce terroir et donc le style plus riche des vins. Ce vin était paradoxalement le plus rapide à fermenter en 2008 et fut le seul à être mis en bouteille déjà en 2009.
2/2010: dans le cadre d’un millésime très minéral, le nez est déjà intense et fruité avec une trame typique de terroir argilo-calcaire. 6 mois en bouteille ont donné à ce vin une avance dans l’ouverture des arômes. Le palais est généreux sans pour autant être lourd, car bien au contraire, l’acidité est vive et bien présente. Le calcaire se manifeste bien en finale en resserrant le vin autour d’une expression minérale complexe très vivante et énergique.
Riesling Clos Windsbuhl 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.7°; Sucres résiduels: 9 g/l; 5.2 g/l H2SO4, pH: 3.0; Rendement : 45 hl/ha; Optimum de dégustation: 2014-2030+; Âge moyen des vignes: 34 ans; Surface: 0.9 ha; Terroir: calcaire muschelkalk exposé sud, sud-est; Indice 1.
Le Clos Windsbuhl, situé au dessus du village de Hunawihr, bénéficie de conditions climatiques favorisant des maturités tardives - phénomène accentué par la composition du sol en roches calcaires et argiles fines et la proximité du massif Vosgien. Malgré l’exposition idéale variant du sud à l’est, il fallut attendre mi-octobre pour récolter ces raisins. Le Windsbuhl a cette capacité unique à conserver un état sanitaire parfait pour les Riesling jusque très tard sans que l’acidité diminue de trop, ce qui à pour effet de mûrir correctement les peaux et pépins des raisins. La fermentation de ce vin fut très lente et relativement paresseuse ce qui eut pour effet de conserver un peu plus de sucres résiduels. Ce vin fait partie des quelques 2008 qui n’ont jamais été soutirés et ont donc passé 18 mois au contact des lies de fermentation.
2/2010: le nez est typique du Windsbuhl avec des arômes racés et minéraux. Peut être un peu plus ouvert que d’habitude, il dévoile aussi beaucoup d’arômes fruités, ce qui est la marque de vendanges moins précoces. Il est techniquement impossible de sentir des minéraux, mais ce vin possède aussi des arômes qui font beaucoup penser à la pierre et au sol du Windsbuhl. Même l’acidité est présente au nez. Le palais est long, enveloppant et délicat, finissant sur une belle acidité, peu agressive mais bien présente. Les quelques sucres résiduels sont bien intégrés dans le corps de la bouche et sont presque nécessaires. Un vin de grande garde !
Riesling Rangen de Thann Clos Saint-Urbain 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13°; Sucres résiduels: 4 g/l; 4.2 g/l H2SO4, pH: 3.2; Rendement: 30 hl/ha; Optimum de dégustation: 2015-2033+; Âge moyen des vignes: 46 ans; Surface: 2.1 ha; Terroir: volcanique (tufs & grauwackes), exposé sud, très forte pente; Indice 1.
Le Rangen de Thann est situé à l’extrême sud de l’Alsace à une altitude de 350m-450m, profitant d’un climat très tardif, surtout en 2008 avec une floraison tardive. Le sol est la clé permettant de comprendre ce terroir et ce vin. Fait à partir de matériel volcanique sédimenté sous la mer, il est très riche en minéraux et est capable de produire suffisamment d’argiles fines pour conserver cette richesse unique. C’est un sol aussi très pauvre en éléments fertilisants et est recouvert de fragments de roches sombres en couleur, le tout sur une pente vertigineuse (80 à 130%) exposé au midi. Le Clos Saint-Urbain est un vignoble de 5.5ha regroupé autour de la petite chapelle Saint-Urbain en son milieu et juste au-dessus de la rivière Thur coulant à ses pieds. C’est un vignoble difficile à cultiver, mais qui est capable de donner au vin une personnalité inégalée. En 2008, les raisins ont mûri lentement à perfection et ont été récoltés tard mais sains. La fermentation fut lente mais accomplie et ce vin a séjourné toute son existence en foudre sur ses lies de fermentation, ce qui accroît le caractère sauvage du vin.
2/2010: il est possible de penser que nous mettons de la roche volcanique broyée dans les tonneaux tant le caractère pierre à fusil est fort dans ce vin et dans son expression aromatique. Le nez est caractérisé par des arômes fumés, pierreux et silex. Seul une ouverture à l’air de plusieurs jours permet de voir l’apparition d’un fruité. Le palais est sec, intense à la finale très longue et maritime, vraiment salée/iodée. Il paraît encore plus minéral que le 2007 à ce stade précoce, mais je suis certain qu’il sera explosif d’arômes dans quelques années.
Riesling Brand 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 13.7°; Sucres résiduels: 10 g/l; 4.8 g/l H2SO4, pH: 3.1; Rendement: 32 hl/ha; Optimum de dégustation: 2015-2032+; Âge moyen des vignes: 58 ans; Surface: 0.7 ha; Terroir: granite biotite exposé sud, sud-est, forte pente; Indice 1.
Ce vin est issu de la même parcelle qui a produit notre Vieilles Vignes en 2007, à savoir la partie ‘Schnekelsbourg’ du Brand, qui est située sur le substrat le plus riche du Brand, car il y a une présence de calcaire et marne en sous-sol en profondeur, sous la couche de granite. Ce vin n’est pas labellisé Vieilles Vignes pour autant car nous craignions une confusion avec un style de vin plus riche et moelleux. Cette partie du Brand est aussi capable de développer une jolie pourriture noble, ce qui fut le cas en 2008, et en quantité suffisante pour justifier une sélection de botrytis qui a permis de produire une SGN conjointement à ce vin. Les raisins sains restant après la trie ont produit ce vin. La maturité était élevée, mais une fermentation soutenue a permis d’épuiser une grande partie des sucres.
2/2010: le nez de ce vin est l’un des plus intenses en Riesling en 2008. Il émane des arômes mûrs de fruits blancs, tilleul, acacia sous une forme élégante, racée et envoûtante. Ce ne sont pas de simples arômes variétaux, car il est difficile de ne pas apprécier ce profil aromatique qui est très complexe et typique du Brand. La présence infime de pourriture noble explique la présence d’une forme de douceur dans les arômes de bouche. Le palais est élégant, voire somptueux et riche sans tomber dans le travers de l’excès de sucrosité. Les vieilles vignes donnent beaucoup de longueur et apportent une structure sans faille à ce grand vin.
Pinot gris 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 15.8°; Sucres résiduels: 12 g/l; 4.2 g/l H2SO4, pH: 3.5; Rendement: 59 hl/ha; Optimum de dégustation: 2010-2021+; Âge du vignoble: 17 ans; Surface: 1.4 ha; Terroir: graves du quaternaire; Indice 2.
Ce vin est produit essentiellement à partir de raisins issus de nos vignobles du Herrenweg. Quelques jeunes vignes situées sur des terroirs volcanique et calcaire ont permis de compléter le foudre. Comme tous les autres cépages en 2008, les sols graveleux du Herrenweg ont pleinement profité du profil climatique de l’année. Les raisins ont pu mûrir idéalement tout en conservant une très belle structure, digne de terroirs calcaires plus tardifs. Nous espérions que ce vin allait fermenter rapidement, mais en fait il aura fallu attendre presque 13 mois pour voir la fin de la fermentation. Durant les vendanges 2009, nous avions fait passer les gaz d’un vin en fermentation dans le Pinot gris 2008, et, grâce à cet apport de levures fraîches naturelles, il a pu enfin repartir. Le résultat était étonnant, car la fin de fermentation était plus rapide que le départ.
3/2010: la couleur dorée est le premier indicateur d’une maturité plus importante. Le nez est le deuxième : intense, riche, beurre de cacao, rôti, miel avec des arômes de fruits blancs apparaissant à l’aération. Le palais paraît beaucoup plus sec que le nez ne le suggère. C’est un vin puissant et long soutenu par une belle structure. Une jolie minéralité apparaît en finale, signe d’une belle complexité. La structure de ce vin lui permettra de bien évoluer et d’offrir de belles surprises dans les années à venir.
Pinot gris Vieilles Vignes 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.9°; Sucres résiduels: 87 g/l; 4.7 g/l H2SO4, pH: 3.5; Rendement: 27 hl/ha; Optimum de dégustation: 2012-2028+; Âge du vignoble: 63 ans; Surface: 0.5 ha; Terroir: graves du quaternaire; Indice 5.
Le Pinot gris est un cépage fortement mutagène et qui s’adapte ainsi à son environnement. C’est peut être, avec le Pinot noir, le cépage qui a été le plus transformé ou travaillé pour obtenir des plants plus résistants, mais aussi plus vigoureux et fertiles afin d’en obtenir des rendements plus élevés. Malheureusement ! C’est pourquoi nous tenons à garder ces vieilles vignes, plantées à une époque où seules les sélections massales existaient. Celles-ci furent sélectionnées par mon grand père Zind et il a eu la possibilité de planter un Pinot gris ne produisant qu’un raisin par rameau, ce qui est aujourd’hui très rare à trouver. Nous ne laissons en général pas les terroirs de graves partir en telle surmaturité, sauf dans le cas de vieilles vignes, seules capables d’équilibrer l’excès de richesse et la présence de sucres résiduels. En 2008, la pourriture noble était très belle et a permis l’obtention d’un vin de surmaturité à l’équilibre très délicat. C’est un vin assimilable à une Vendange Tardive dans le style.
3/2010: le nez est très aromatique, dévoilant de puissants arômes de fruits (abricot, poire, coing, agrumes) et marqué par une belle pourriture noble (miel, cire). C’est une essence de Pinot gris en surmaturité, ayant une bouche onctueuse, riche, du niveau d’une Vendange Tardive. La finale est longue et moelleuse, mais bien relevée par une acidité fine qui apporte beaucoup de fraîcheur et malgré l’origine modeste de ces vignes, sera capable de bien vieillir.
Pinot gris Rotenberg 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 14.2°; Sucres résiduels: 6 g/l; 4.4 g/l H2SO4, pH: 3.4; Rendement: 26 hl/ha; Optimum de dégustation: 2012-2023+; Âge moyen des vignes: 27 ans; Surface: 1.2 ha; Terroir: calcaire oligocène exposé ouest/nord-ouest, forte pente; Indice 1.
La période de maturation en 2008 était idéale pour le cépage Pinot gris. Dans beaucoup de millésimes riches et puissants, ce cépage mûrit trop vite et développe rapidement beaucoup de botrytis qui nous oblige souvent à ne produire que des vins très moelleux. Le Rotenberg n’échappe pas à cette règle, car sa situation tardive exposée à l’ouest et nord-ouest est très favorable à la pourriture noble. En 2008, le botrytis était magnifique, mais suffisamment discret au départ pour nous permettre de faire une sélection de raisins sains, qui ont produit ce vin de type sec. Les raisins partiellement botrytisés ont été récoltés plus tard pour obtenir une SGN. L’objectif était d’obtenir des raisins mûrs, sans surmaturité, pour obtenir un vin équilibré sec. Chose faite!
3/2010: les Pinot gris de type sec peuvent souvent donner une impression d’austérité car ils ne sont pas très expressifs. Ce n’est pas le cas ici ! Le nez dévoile de très beaux arômes de fruits mûrs associés à une minéralité calcaire. Certes, ce vin doit encore s’ouvrir pour exprimer tout son potentiel, ce qui ajoute une touche de complexité. Le palais se goûte sec et tendu, avec une richesse sous-jacente, grâce aux petits rendements et à une belle fraîcheur en acidité. C’est un grand vin qui fait saliver!
Pinot gris Heimbourg 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 14.3°; Sucres résiduels: 8.2 g/l; 4.1 g/l H2SO4, pH: 3.2; Rendement: 35 hl/ha; Optimum de dégustation: 2013-2023+; Âge moyen des vignes: 23 ans; Surface: 1.6 ha; Terroir: marno-calcaire exposé à l’ouest; Indice 2.
Le Heimbourg et le Rotenberg sont deux terroirs très similaires. Leur exposition ouest et leur situation en altitude caractérisent un contexte plus frais et donc une maturité tardive. Le sol caillouteux calcaire et pauvre n’autorise pas une croissance vigoureuse et l’agressivité du calcaire donne une structure et une personnalité fortes aux vins. Ces deux terroirs ont une capacité à développer la pourriture noble, mais en 2008 cela se fit tardivement et doucement, nous donnant le temps de trier les raisins sains afin d’obtenir des vins plus secs que moelleux. Ce style a été facile à obtenir, car tout dans le raisin a conduit à une vinification lente mais persistante jusqu’à épuisement d’une grande partie des sucres et au maintien d’une belle fraîcheur grâce à une acidité bien présente et des beaux raisins sains. Il y a peu d’intervention possible en vinification naturelle en cave pour obliger le vin à changer de destination ou à l’obliger à fermenter plus. Un petit détail, pratiqué dans ce genre de vin, consiste à conserver un peu plus de bourbes fines, ce qui est possible lorsqu’il y a absence de botrytis, pour mieux nourrir les levures et les rendre plus efficaces.
3/2010: le nez est ouvert et riche, il développe des arômes classiques de miel, amandes et fruits blancs très mûrs, mais sans exagération car il a aussi une profondeur minérale. Un peu moins vif que le Rotenberg, le Heimbourg est très capiteux et long. Il montre peut-être son potentiel de façon un peu plus ostentatoire, mais quel potentiel. Le palais paraît sec avec une finale sur le velours. Après deux années de grêle, le 2008 dévoile le potentiel de ce petit joyau qu’est le Heimbourg de Turckheim.
Pinot gris Clos Windsbuhl 2008
Mise en bouteille: 9/2009; Alcool acquis: 13.3°; Sucres résiduels: 37 g/l; 4.5 g/l H2SO4, pH: 3.5; Rendement: 35 hl/ha; Optimum de dégustation: 2014-2033+; Âge moyen des vignes: 31 ans; Surface: 2.2 ha; Terroir: calcaire muschelkalk exposé sud sud-est; Indice 4.
Le Pinot gris est le cépage le plus planté dans ce clos de 6ha situé sur les hauteurs de Hunawihr. Les vignes y poussent sur un substrat calcaire ancien du Muschelkalk, roche assez pauvre, construite sur des dépôts marins du trias. Cette roche est perméable, bien drainée et peut se réchauffer facilement, ce qui compense la proximité froide de la forêt et son altitude (350m). C’est notre terroir le plus tardif ; mais cela est plus un avantage qu’un défaut. En effet, plus la maturation des raisins est lente, plus ils sont capables de développer la personnalité du lieu et de mûrir correctement peau, pépins, acides et tannins. C’est aussi dans ce terroir que nous avions pu constater l’effet bénéfique de la bio-dynamie sur les sols en observant le développement de la vie en profondeur dans le sol. Les micro-organismes étaient enfin à nouveau capables de dégrader les matières organiques jeunes en humus stable. Cela semble évident, mais malheureusement impossible dans un sol tassé ou tué par l’apport d’herbicides. Mieux la terre est soignée et travaillée, plus ces micro-organismes sont capables de travailler en profondeur, et cela facilite bien sûr un enracinement profond de qualité. Ce 2008 est issu de nos vieilles vignes dans le clos. Les jeunes produisent d’habitude un Calcaire, mais qui a été ajouté à notre Pinot gris cette année. La fermentation fut très lente aboutissant sur un vin moelleux.
3/2010: ceci est le seul Pinot gris que nous avons pu mettre en bouteille en septembre 2009. Il dévoile donc aujourd’hui des arômes plus complexes de pain grillé, fruits exotiques et cire (présence de pourriture noble) dans une expression très délicate. Le palais est sur la délicatesse et l’équilibre entre les acides et sucres, sans pour autant trop se laisser aller vers le moelleux. La finale se resserre sur la structure ferme des 2008 et enfin exhibe tout le potentiel minéral du vin. C’est bien sûr un vin qui n’atteindra tout son potentiel que dans beaucoup d’années, lorsqu’il aura digéré entièrement sa richesse.
Pinot gris Rangen de Thann Clos Saint Urbain 2008
Mise en bouteille: 2/2010; Alcool acquis: 12.55°; Sucres résiduels: 46 g/l; 5.7 g/l H2SO4, pH: 3.0; Rendement: 21 hl/ha; Optimum de dégustation: 2016-2035+; Âge moyen des vignes: 39 ans; Surface: 2.9 ha; Terroir: volcanique (tufs & grauwackes), exposé sud, très forte pente; Indice 5.
Après de nombreux millésimes, nous avons pu constater que Gewurztraminer et Pinot gris se comportent souvent à l’identique dans ce terroir en atteignant une maturité similaire, et de façon radicalement opposée au Riesling, tout en conservant leur identité aromatique propre. En 2008, le sol volcanique du Rangen a su produire des vins élevés en acidité pour ces deux cépages et a permis le développement de la pourriture noble, totalement absente dans les Riesling, surtout dans la partie basse du cru, proche de la rivière et de son influence. Les fermentations sont d’habitude très rapides pour les vins du Rangen, mais en 2008, 6 mois de fermentation paresseuse n’ont pas permis l’épuisement des sucres, et pour cause, l’acidité est gigantesque dans ces deux cépages. 2008 est aussi un millésime de grand équilibre dans ce terroir, aussi bien dans la vigne (jamais stressée car les sols étaient très verts en été !) que dans les vins.
2/2010: le nez est explosif, au sens propre et littéral, car il dévoile de puissants arômes de poudre à canon, pierre à fusil et minéraux. C’est à la fois austère, car le fruité n’émerge qu’après une très longue période d’aération, et envoûtant, car la personnalité du terroir est très forte et impressionnante. Aujourd’hui, c’est un vin qui est construit sur une structure faible en alcool (étonnant pour le Rangen) et une acidité minérale et saline très forte. La finale est longue et délicate, mais n’apparaît pas vraiment moelleuse. Peut être que l’indice 4 est surévalué, mais que dire d’un vin qui a 46 g/l de sucres résiduels et ne les fait pas ressortir au palais… Assurément, c’est un vin qu’il faudrait re-décrire dans un avenir lointain.
suite |
| |