Dans le cadre de nos dégustations « club », était prévue le 14 mai 2007 une verticale des Hermitages du domaine Belle, domaine que nous suivons depuis sa création.
En 1988, Albert Belle décide de quitter la cave coopérative de Crozes pour fonder son propre domaine. Arboriculteur depuis quelques années, il ajoute ainsi une corde à son arc, d’autant que son fils Philippe s’intéresse de près au vin. La conjoncture étant favorable, il construit un chai de vinification et de stockage ultra moderne.
En Hermitage, Albert Belle possède 1,5 ha. Ce qui donne en année moyenne, plus ou moins 4800 bouteilles de rouge et 1200 de blanc. Les vignes sont situées sur le terroir dit « Les Murets », sablo-caillouteux sur granit. Les raisins (non égrappés) sont vinifiés en cuves fermées avec remontage quotidien et macération d’environ trois semaines. L’élevage se faisait au départ sur des barriques usagées (jusqu’au millésime 1994), pour arriver maintenant à 50% de fûts neufs et 50% d’un vin.
Quelques bouteilles de 88 et 89 non commercialisées qui tombent par hasard entre nos mains, et nous voici chez Belle début 1991 quand il commercialise son premier millésime qui se trouve être…. le grand 1990 !
Dégustation
Nous avons volontairement « oublié » les millésimes 98, 99, 2000 et 2001 en période de fermeture, pour nous concentrer sur les millésimes plus récents et plus anciens.
Première constatation : la qualité d’ensemble peut être considérée comme allant de bonne à très bonne. Les vins sont généralement riches, gras et concentrés, avec plus de fruit que de minéralité.
Seconde constatation : on sent la différence d’élevage, avec plus de précision sur les derniers millésimes que sur les anciens.
Troisième constatation : le potentiel de vieillissement du terroir est évident, les vins se bonifiant à l’aération.
Le trio magique :
1996 : Eclatant, il n’y a pas d’autre mot !!! Ce vin a tout : sublimissime élégance, structure raffinée, éclat du fruit, longueur infinie. Il a bien sûr fait l’unanimité.
1994 : La surprise : on ne l’attendait pas à cette place ! Pas loin du 1996, mais sur un ton mineur en ce qui concerne l’éclat et la structure.
1991 : Il aurait pu égaler ou surpasser les deux autres n’étaient les traces d’un élevage plus rustique. Par contre, son charme est ravageur et tous de se dire que décidément 75 cls c’est si vite parti quand c’est bon …
Les suivants :
1990 : Même remarque à propos de l’élevage que pour le 1991. Par contre, il fut peut-être le plus long à dévoiler tout son potentiel. Riche et onctueux, il n’est qu’à l’aube de la maturité.
1995 : Comme tous les vins de ce millésime, le tanin domine encore. Le fruit n’arrive pas encore à se frayer un chemin mais on sent pointer les arômes secondaires, boîte à cigares, cèdre, épices exotiques.
2002 : La bonne surprise. Dans un millésime difficile, les Belle nous gratifient d’un vin élégant, frais et plaisant. Il est évident que la tenue dans le temps ne sera pas celle du trio de tête, mais il n’empêche que s’il y a du plaisir à boire de grands terroirs jeunes, c’est dans un millésime comme celui-ci.
Plus difficiles :
2003 : Sa puissance et sa richesse sont telles qu’elles laissent les dégustateurs perplexes. Le terroir disparaît complètement au profit de la structure tannique et des fruits confits. Un style à part qu’il faudra impérativement laisser vieillir avant de le juger plus sévèrement.
1993 : L’année la plus difficile des 20 dernières années. Le vin n’est pas usé, mais son manque de puissance alcoolique lui laisse une impression de maigreur qui met en relief le manque de maturité et donc la linéarité des arômes.
1997 : La bouteille n’était pas nette, ce qui ne nous a pas permis de juger à sa juste valeur ce millésime généralement tout en finesse sur l’appellation.
PG 05/07